Du rêve pour les oufs; Faïza Guène

Après "Kiffe kiffe demain" , voici donc le nouveau roman de Faïza Guène.

L’héroine, Alhème, a 24 ans, elle vit dans une cité d’Ivry avec son père malade et son petit frère aprenti caillera. Depuis le décès de sa mère et l’accident de travail de son père, elle est obligée d’endosser à la fois les rôle de soeur, de fille, de mère et d’infirmière. Etrangère au pays des droits de l’homme, elle vit avec la crainte de l’expulsion sarkoziste au jour le jour.

Entre son petit frère de 15 ans qui revend des sacs vuiton, ses copines bimbo accros de maquillage, et ses aventures amoureuses catastrophiques, Alhème se laisse aller à rêver d’une vie meilleure…

Malgré le déterminisme social et tous les clichés, cette jeune fille de banlieue aspire à devenir quelqu’un de respectable, tente de remettre son frère dans le droit chemin, et tache de ménager son pauvre père.

image

Livre drôle, fluide et agréable à chaque page, ce roman prend une note bouleversante par moments, arrachant même quelques larmes parfois au lecteur sensible aux problèmes de l’immigration. Un dosage parfait d’engagement social, sans sombrer dans la propagande, une vision objective sur les vrais inquiétudes des plus démunis; le message humaniste de ce deuxième roman est à la fois touchant et inquiétant. Les clichés et les patronymes tipés ne facilitent pas la tache de ceux qui veulent s’intégrer dans une société où les administrations collent des numéros sur les individus et oublient que derrière chaque numéro de dossier se cache un être humain. Un être humain qui avait espoir de devenir "quelqu’un", d’enfin exister et d’atteindre un minimun de dignité…

EXTRAITS:
"Je gratte, je remplis leurs cases, je coche, je signe. Tout est minuscule sur leur formulaire et leurs questions sont presque vexantes. Non, je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants, je ne suis pas titulaire du permis B, je n’ai pas fait d’études supérieures, je ne suis pas reconnue invalide par la Cotorep, je ne suis pas française. A la rigueur, où se trouve la case "Ma vie est un échec"? Comme ça, je coche directement oui, et on n’en parle plus."*

"-Ah au fait, Papa, tu es au courant pour Michel, le voisin du dessus? […] Il paraît qu’il a fait une tentative de suicide.[…] C’est la troisième […], il s’est encore raté, il est à l’hôpital.
-Tu vois, je te l’ai toujours dit que c’est un raté, ce bonhomme-là! Incapable de se suicider! Mourir, c’est quand même pas bien difficile." **

*Faïza Guène, Du rêve pour les oufs, Paris, Hachette Littératures, 2006, p. 12.
** Ibid, pp. 31-32.

Commentaires